Dépression post-partum : ça n'arrive pas qu'aux autres

Comme nous l’avions vu dans notre article sur le sujet, si une grande majorité de jeunes mamans sont touchées par le Baby Blues, 10% d’entre elles souffrent de dépression post-partum. Moins répandue donc, cette souffrance met parfois du temps à être diagnostiquée et prise en charge, car l’entourage de ces jeunes mamans aura tendance à se dire que ce baby blues est normal et que les choses vont naturellement s’améliorer.

Nous avons rencontré Sandra, qui par son témoignage nous rappelle d’être attentifs et vigilants : cela n’arrive pas qu’aux autres !

Sandra, comment te sentais-tu, quels ont été les premiers signes de cette dépression post-partum ?

« Après une grossesse et un accouchement qui se sont pourtant déroulés sans encombre, le premier constat (que je n’ai pas réussi à m’avouer tout de suite) est que je n’ai vraiment pas été submergée de bonheur quand on a posé mon bébé sur moi le jour de sa naissance. Je ne me suis pas sentie mère et ce nouveau « statut » me rendait fébrile. J’étais heureuse, bien sûr, mais sans plus.

Au fil des jours, je me posais énormément de questions, je n’étais pas sereine, mais je me disais que c’était normal, et cela n’avait pas l’air de perturber les professionnels de santé non plus. J’étais épuisée, je ne parvenais pas à dormir suffisamment pour me reposer, que ce soit le jour ou la nuit. Le fait de ne pas comprendre pourquoi mon bébé pleurait pendant des heures quand le soir arrivait et de ne parvenir à le calmer par aucun moyen m’angoissait profondément. Surtout que je ne cessais d’entendre et de lire qu’après un premier temps d’adaptation, les mères finissent par reconnaître facilement pourquoi leur bébé pleure, ce qui n’était absolument pas mon cas !

Peu à peu, je me suis repliée sur moi-même et réussissais à donner le change lorsque nous avions de la visite : il fallait que je fasse bonne figure, car j’avais « tout pour être heureuse », et avais honte de ne pas l’être au fond de moi.

Je perdais complètement pied à certains moments, je peinais vraiment à sortir du lit pour aller m’occuper de notre tout-petit, même si je ne dormais pas. Je restais là à broyer du noir. Le processus d’attachement avec mon bébé ne se faisait pas, j’avais le sentiment qu’on ne se comprenait pas et que j’étais une mauvaise mère. Ce qui était source d’une grande culpabilité. Enfin, je me sentais oppressée par cette nouvelle vie à 3, et étouffais devant mes nouvelles responsabilités de maman. Je réalisais que plus rien ne serait jamais plus comme avant : impossible d’envisager de retrouver une « vie normale », de faire des choses agréables pour moi, de retrouver du temps avec mon conjoint… »

Pourquoi et comment as-tu réagi à cette dépression post-partum ?

« Après le congé paternité de mon conjoint, quand je me suis retrouvée seule à la maison face à ce bébé, j’ai commencé à me sentir très seule, malgré le soutien de mon entourage. Que ce soit eux, les professionnels de santé, ou moi-même, cet état n’a jamais été abordé comme un souci : les hormones, la fatigue, l’appréhension de ce nouveau rythme de vie à trouver, cela semble normal pour tout le monde. On pense au Baby Blues, mais pas à la dépression post-partum !

Mais au fil du temps, les choses se sont aggravées, j’ai dégringolé… Je faisais de plus en plus de crises d’angoisse, je pleurais continuellement, je sortais de moins en moins de chez moi, m’alimentais moins, dormais toujours aussi mal…

Je ne prenais pas soin de moi et avais beaucoup d’idées noires. J’effectuais des tâches de manière machinale avec mon bébé. Lui changer ses couches, lui donner ses biberons : c’était des automatismes beaucoup plus que les moments de complicité qu’on peut imaginer. Je ne partageais pas de regards ou de sourires avec lui. Jusqu’à ce que je me sente bonne à rien et vraiment incapable de m’occuper de mon tout-petit. Ses pleurs m’irritaient au plus haut point. J’ai même eu peur d’être violente envers lui à plusieurs reprises. J’ai alors pianoté sur internet et suis tombée sur le site de Maman Blues. Cela a été une première libération : ce que j’ai lu m’a permis de mettre des mots sur mes souffrances et de voir que je n’étais pas seule dans ce cas-là. Cela m’a décidée à en parler à mon conjoint (qui était toujours dans l’idée que je traversais un Baby Blues et faisait de son mieux pour me soutenir), puis à aller consulter un psychologue. Nous avons mis en place un vrai suivi, j’allais le voir chaque semaine et cela m’a permis, petit à petit, de remonter la pente. Cela a pris un peu plus d’un an, il m’a fallu du temps, mais j’ai eu la chance de ne pas avoir besoin d’être hospitalisée ou de prendre des anti-dépresseurs. Peut-être parce que j’ai réagi juste à temps. La parole a vraiment été libératrice pour moi et l’aide de ce psychologue m’a amenée, doucement, à créer un lien aujourd’hui très fort entre mon bébé et moi, et à reprendre confiance en moi, aussi bien en tant que femme qu’en tant que mère. »

Un conseil à donner aux futures et jeunes mamans compte tenu de ton expérience ?

« J’espère juste que mon témoignage aidera à mieux faire connaître cette « maladie », afin que les mamans soient conscientes que cela n’arrive pas qu’aux autres ! Même si c’est difficile avec l’image idéalisée renvoyée par notre société, mon conseil principal est de ne surtout pas hésiter à parler à vos proches ou à des professionnels de santé des difficultés que vous rencontrez, de ce que vous ressentez au plus profond de vous. Je crois que si le service avait existé à l’époque, « une bonne fée » aurait pu être d’une grande aide pour me permettre de réagir encore plus tôt… En bref, faites-vous aider ! »